Mon Tour du Mont Blanc en 9 jours

Il n’a pas arrêté de pleuvoir les 2 semaines qui ont précédé notre premier jour sur le Tour du Mont Blanc (TMB) et nous n’étions pas surpris d’arriver aux Houches sous la pluie. Le temps nous préoccupait pas mal et nous espérions qu’il s’arrange suffisamment pour nous permettre d’admirer le sommet des montagnes. A 20h nous prenions la route pour le Col de Voza avec nos sacs sur le dos. Nous avons installé les tentes sur la route avant qu’il ne fasse noir et le lendemain matin nous étions agréablement surpris de voir les montagnes que les nuages avaient cachées la veille.


1er jour : Le temps était tellement beau que nous avions du mal à y croire. Les nuages avaient fait place à un beau ciel bleu et très vite je ne portais plus qu’un short et t-shirt. Nous avons pris le chemin alternatif qui monte plus haut et conduit au Col du Tricot (2120m). Nous avons profité du soleil pendant un moment avant de continuer notre route vers le Refuge de Miage (1560m). La descente était tellement pentue que j’ai mis une heure avant d’arriver au refuge. Une heure en plein soleil avec comme résultat des jambes et bras brûlés. Après avoir rempli mon CamelBak dans la rivière nous sommes repartis vers le Refuge du Truc et avons planté les tentes sur le chemin.


2e jour : La première chose que j’ai fait au réveil a été d’ouvrir la tente pour admirer le Glacier de Bionnassay. Le ciel était dégagé et le soleil se levait tranquillement. En bougeant dans mon sac de couchage je pouvais sentir la peau de mes jambes et bras tirer et brûler. Alex était dans un pire état que le mien. Son cou et ses mains étaient rouge écrevisse. Désormais, nous devrions être couverts de la tête aux pieds pour nous protéger du soleil.

Nous nous sommes ravitaillés aux Contamines et avons déjeuné à Notre Dame de la Gorge. Il était temps, puisque j’avais tellement faim et chaud que j’étais sur le point de m’évanouir. Le soleil brillait si fort que nous avons été obligés de manger sous une haie pour être à l’ombre. Au moins, nos tentes ont vite séché.

Nous avons repris la route bien contents d’avoir le ventre plein car le chemin montait très fort et nous avions besoin d’énergie. Nous nous sommes demandés comment les Japonais que nous avions vus à Notre Dame de la Gorge se débrouillaient. Ils étaient équipés pour grimper le Mont Blanc et leurs sacs devaient bien peser 30kg. Une demi-heure de montée plus tard, qui était en train de se reposer sur des chaises longues au Refuge Nant Borrant? Le groupe de Japonais. Nous nous sommes moqués gentiment de ces amateurs tout en continuant notre route, rouges et transpirants comme des boeufs.

Le chemin entre le Refuge et le Chalet la Balme était plus ou moins plat et traversait des prairies où paissaient des vaches dont le son des cloches résonnait dans la vallée. Un paysage digne d’une publicité Milka. Surtout après qu’une marmotte soit sortie de son trou pour nous regarder avec curiosité.

Nous avons installé les tentes dans une pâture et sommes allés chercher l’eau nécessaire à la préparation du dîner dans la rivière. Les températures descendaient avec le soleil et à 20h un marcheur est venu nous demander sa route. Il était accompagné de deux filles et ils n’avaient que des petits sacs à dos et des vêtements d’été. Le TMB est très bien balisé donc je ne sais pas comment ils ont fait pour se perdre mais toujours est-il qu’il leur restait 1h30 de marche et 1h de lumière avant le coucher de soleil. Sans commentaire.


3e jour : Comme d’habitude nous nous sommes levés à 6h30 et partis une heure plus tard. Le chemin était couvert de neige près du Col du Bonhomme (2329m) et les conditions n’ont fait qu’empirer alors que nous atteignions le Col des Fours (2665m). Par chance le ciel était couvert et les nuages empêchaient la lumière du soleil de trop se réfléchir sur la neige.

Nous nous sommes abrités du vent dans une ruine qui servait souvent de toilettes à en juger par l’odeur, et avons fait fondre de la neige pour préparer notre repas. Nous avions prévu de grimper la Tête Nord des Fours (2756m), le point le plus haut du TMB, mais le temps a tourné au brouillard, ne nous laissant pas d’autre choix que celui de descendre.

Le chemin était couvert de neige fondue et si pentu que j’ai failli tomber trois fois. Je progressais tellement lentement que les garçons m’ont incitée à descendre sur les fesses. J’ai tout d’abord eu peur de prendre trop de vitesse et de ne pas pouvoir m’arrêter mais j’ai très vite regretté de ne pas avoir commencer ma glissade de tout en haut. Le reste du chemin n’était pas en meilleur état : boue, traversées de torrents et éboulis étaient au programme.

Nous pensions nous ravitailler à la Ville des Glaciers mais il n’y avait que deux fermes. Tu parles d’une ville. La première ferme produisait du fromage et la deuxième était une auberge avec des appartements dans un des bâtiments (150 €/nuit) et des dortoirs dans une étable. Je ne sais pas ce qui m’a choqué le plus du prix ou des dortoirs. Il n’y avait pas de lit, juste une longue planche en bois sur laquelle les touristes se couchaient les uns à côté des autres, et tout ce confort pour la modique somme de 50 €/nuit.

Sans possibilité pour acheter de la nourriture ni installer nos tentes, nous avons pris la navette pour Bourg-Saint-Maurice et avons passé la nuit en camping. J’ai pu manger du fromage de chèvre et les garçons leur McDonalds et nous avons profité de notre premier douche depuis le départ. Elle était bien méritée et bienvenue.


4e jour : Dans la navette qui nous a ramené à la Ville des Glaciers (1900m) nous avons demandé au chauffeur si le camping sauvage était permis sur le TMB et il nous a confirmé ce que nous savions déjà : strictement interdit en Suisse, permis en Italie au dessus de 2500m et parfois oui, parfois non en France. Il nous a raconté que les gardes forestiers se baladaient souvent pour réprimander les touristes qui cueillaient des fleurs ou marchaient hors sentiers. Récemment, un marcheur qui avait ramassé un bouquet de Génépi avait dû payer 90€ par brin…

Nous avons commencé à marcher vers 11h et deux heures et demie plus tard nous étions au Col de la Seigne (2516m), frontière entre la France et l’Italie. Nous avons fait fondre de la neige pour cuisiner et remplir nos bouteilles et sommes repartis vers Courmayeur. Nous n’avons pas progressé rapidement ce jour-là donc nous avons été obligés de nous arrêter au Rifugio Elisabetta (2200m). Les garçons voulaient installer la tente à côté des ruines sous le refuge mais le vent soufflait assez fort et je les ai convaincus de dormir dans une étable abandonnée. Ils ont fabriqué un balai à partir du bâton de marche et de paille pour nettoyer le sol qui était jonché de déchets et de crottes de bouquetin. Cette nuit aura été la meilleure de toutes. Nous avons énormément ri et l’imitation du Pokémon Chenipan par Alex est quelque chose que je n’oublierai jamais de ma vie.


5e jour : La nuit a été froide mais le vent avait cessé de souffler, le ciel était dégagé et il y avait deux bouquetins à l’extérieur de l’étable. Cette journée aura été la plus belle en termes de paysages avec ses vues sur le Glacier d’Estelette, Glacier du Miage, Lac Combal et bien sûr le Mont Blanc. Comme la plupart des autres jours, le dénivelé tournait autour des 2000m, du refuge à 2200m au Lac Combal 1900m; puis au plus haut point de la journée à 2420m et enfin Courmayeur à 1200m où nous avons passé la nuit et remplacé notre dîner lyophilisé par de bonnes pizzas.


6e jour : Direction Rifugio Bertone (2100m). La montée était longue et difficile et le soleil continuait de me brûler les mains dont la peau ressemblait à un steak tartare. Nous nous sommes reposés un peu au refuge avant de poursuivre vers la Tête de la Tranche (2584m) puis Grand Col Ferret (2537m), à la frontière Suisse. Comme nous avions avancé pas mal, nous avons décidé de camper à la Fouly (1580m), à trois heures de route. Ce jour-là aura été le plus difficile avec 2500m de dénivelé et 2 étapes réalisées. Quand nous sommes arrivés à la Fouly vers 20h nous étions morts de fatigue. Les pieds d’Alex étaient tellement cloqués que nous nous sommes demandés s’il n’y avait pas eu une attaque nucléaire dans ses chaussures.


7e jour : La plus courte et plus plate journée du TMB entre La Fouly à 1580m et Champex à 1500m, avec le point le plus bas à 900m. Nos jambes et pieds étaient tellement douloureux que nous n’aurions pas pu faire plus. Nous sommes arrivés au camping en début d’après-midi. A 18h nos estomacs se sont mis à crier famine. Le supermarché était fermé, nous laissant avec deux options : manger nos repas habituels ou aller au restaurant. Les prix sont rédhibitoires en Suisse mais nous n’en pouvions plus de manger des sachets lyophilisés. Résultat : une fondue pour 3, deux glaces, pas de boisson pour une addition à 90€…


8e jour : La Suisse ne nous a pas vraiment impressionnés. J’avais lu dans le guide que la difference de propreté avec la France ou l’Italie serait flagrante mais nous n’avons rien constaté d’extraordinaire. De plus, les paysages étaient loin d’être aussi époustouflants que ceux auxquels nous étions habitués jusqu’à présent. Nous avons renoncé à prendre la variante qui monte sur la Fenêtre d’Arpette et avons choisi le chemin le plus simple par Bovine (1987m) et le Cold de Forclaz (1526m). En milieu de journée nous étions au Col de Balme (2192m), suivit du Col des Posettes (1980m), de L’Aiguilles des Posettes (2200m) et enfin Vallorcine (1120m) où nous avons passé la nuit.


9e jour : Nous avons pris une route alternative pour rejoindre Les Houches, notre point de départ et d’arrivée. J’étais triste de devoir dire au revoir à ces paysages magnifiques et à la liberté que me procure la marche mais j’étais aussi très heureuse d’avoir partagé l’expérience avec mon frère et fière d’avoir tenu la route sachant que mon sac était le plus lourd avec ses 23kg.

Nous ne nous étions pas attendus à avoir autant de chance avec le temps. La nuit de notre arrivée aux Houches il s’est mis à pleuvoir et ce en continu pendant trois jours. Nous avons dormi une bonne partie de la première journée, nous sommes ennuyés à mourir la deuxième, avons fait du rafting la troisième et avons profité des éclaircies pour aller nous promener au Lac Blanc (2352m) la quatrième. Nous n’avons pas vu grand-chose du lac puisqu’il était couvert de neige mais nous avons pu observer une demi-douzaine de bouquetins. C’était une jolie manière de terminer nos vacances.


Notre TMB en chiffres : 170km, 12km de dénivelé, 9 jours. Notre futur objectif est fixé sur le GR20 ; le chemin de randonnée le plus difficile d’Europe, qui traverse la Corse.

carte tour du mont blanc