Inde : mon pire voyage

Avant de voyager en Inde, j’étais bien au courant des agressions violentes contre les femmes, mais la violence est partout, donc je me disais qu’en faisant attention il ne m’arriverait rien. Malheureusement, la réalité était différente. Je suis certaine que c’est la présence de mon mari Lukas qui m’a protégée. Ces deux semaines en Inde auront été mes pires vacances.

Jaipur

Nous avons atterri à Delhi à 5 heures du matin et nous avions prévu d’aller directement à Jaipur. Nous n’avions réservé ni l’hôtel, ni le train pour garder un emploi du temps flexible. On m’avait dit que les trains en Inde étaient vite pleins mais j’avais entendu la même chose sur la Chine et je n’ai jamais eu de problèmes pour acheter des billets à la dernière minute. Nous voilà donc à la gare de Dehli, prêts à acheter nos billets et surpris de voir autant de gens dormir par terre. Un guichetier nous a informés que le guichet pour les étrangers était encore fermé et il nous a envoyés dans une agence. Là-bas le gars nous a dit qu’il n’y avait pas de billets disponibles pour les trois prochains jours et que nous devrions prendre un taxi. Comme il a vu que nous ne lui faisions pas confiance il a tourné son écran vers nous et après discussion, nous avons accepté sa proposition et acheté, par la même occasion, les billets de train pour notre séjour entier.

Fort de Jaipur.  2015

Nous sommes arrivés à Jaipur dans l’après-midi et nous sommes directement allés visiter le fort. Il y avait beaucoup de singes et nous nous sommes arrêtés pour en regarder un jouer avec un chien. Tout à coup, j’ai entendu un animal courir derrière moi et avant de me rendre compte qu’il s’agissait d’un singe, celui-ci a sauté et m’a poussé dans le dos avec tant de force que j’ai failli trébucher.

Le jour suivant nous avons visité le reste de la ville. J’ai adoré le sourire des gens. Nous sommes passés près d’une voiture pleine de jeunes hommes qui jetaient des poudres colorées et nous ont salués et souhaités la bienvenue. Dans l’après-midi notre chauffeur a proposé de nous faire faire le tour de la ville mais il n’a fait que nous balader d’un magasin à l’autre pour récolter des cadeaux au passage.

Singes à Jaipur. 2015

Pushkar

La première chose que nous avons vu en arrivant à la gare a été des corbeaux se régalant d’un cochon coupé en deux par un train, tout cela au milieu des déchets divers et déjections humaines. A l’entrée de la ville nous avons été accueillis par un homme qui nous a offert des pétales de fleur à jeter dans le lac pour nous porter chance. Une fois devant le lac, deux hommes nous ont accostés pour nous faire découvrir leurs traditions et leurs prières. Comme les hommes et les femmes ne prient pas ensemble ils nous ont séparés Lukas et moi, mais comme nous n’étions pas loin l’un de l’autre nous n’avions aucune raison de nous inquiéter. Ils ont commencé leur cérémonie et deux minutes plus tard, l’homme m’a demandé de faire une donation de 500 INR par membre de ma famille. Je lui ai répondu que si je décidais de faire une donation c’était quand même à moi de décider du montant, ce à quoi il a répondu que 500 INR n’était pas grand-chose pour des Occidentaux puisque nous sommes riches. Je lui ai dit que j’allais déposer l’argent dans une des boîtes de dons qu’il y avait autour du lac et sa réponse ne m’a pas surprise ; il fallait que je lui donne l’argent à lui. A ce moment-là Lukas m’a rejointe et nous sommes partis ensemble sans payer.

Femmes à Pushkar. 2015

Nous nous sommes posés un peu plus loin pour admirer la vue sur le lac et les femmes dans leurs belles robes colorées se baigner. Un garçon est venu discuter avec Lukas et lui a demandé si j’étais sa femme. Lukas lui a dit que oui et le garçon a répondu qu’il me trouvait à son goût. Je n’ai pas réagi et j’ai fait comme si je n’écoutais pas la conversation. Ensuite le garçon a demandé si nous avions des enfants. Lukas a dit que non et le garçon, apparemment très étonné, a répondu ‘oh, pas baiser vagin’. Lukas et moi nous sommes regardés bouche-bée, sûrs d’avoir mal compris ce qu’il venait de dire mais il nous a vite affirmé qu’il plaisantait avant de s’en aller.

Pushkar. 2015

Agra

Nous sommes arrivés à 22 heures suite à un retard de train, il pleuvait et nous n’avions pas de réservation d’hôtel. Nous savions que dans ces conditions le prix des chambres allait être augmenté mais nous ne nous attendions pas à ce que la plupart des hôtels nous disent qu’il n’avait pas de chambre libre. Un conducteur de pousse-pousse a proposé de nous amener à un hôtel bon marché. Le propriétaire avait deux chambres de libres, la salle de bain réduite à un seau dans un coin et le prix étaient plus élevé que ceux affichés à la réception. Nous avons refusé et avons essayé un autre hôtel mais le résultat n’était pas meilleur. Nous avons donc payé le chauffeur et avons essayé de nous débrouiller seuls.

Le chauffeur ne voulait pas nous laisser tranquille et il a vite été rejoint par d’autres. Chaque fois que nous rentrions dans un hôtel, ils nous suivaient tous à l’intérieur. Les réceptionnistes, qui avaient encore des chambres libres quand nous étions seuls, changeaient soudain d’avis après discussion avec la clique de chauffeurs. Nous ne pouvions pas continuer de faire du porte à porte donc nous avons décidé de retourner à la gare. Nous nous sommes cachés dans une ruelle pour nous débarrasser des chauffeurs mais l’un d’entre eux nous a trouvé. Nous le suppliions de nous laisser tranquille quand un homme est arrivé et nous a demandé si nous avions besoin d’aide. Il nous a dit qu’il était policier et que nous devrions nous donner la main pour minimiser les risques d’agressions. Nous avons suivi son conseil et avons finalement passé la nuit sur un banc à la gare.

Taj Mahal. 2015

Étonnement, la nuit n’était pas aussi mauvaise que ça. Nous étions loin d’être frais mais nous avions hâte de visiter le Taj Mahal. Nous nous attendions à plus d’Agra. La pollution rendait l’air irrespirable et les gens nous regardaient d’une drôle de manière. Même si j’étais couverte du cou aux pieds, les hommes me regardaient un peu comme un chien affamé regarderait un steak saignant et ils demandaient souvent à Lukas si j’étais sa femme. Les sourires de Jaipur et Pushkar avaient été remplacés par des visages moins accueillants.

Rue d’Agra. 2015

Gwailor

Notre première impression était très positive. Il y avait peu de monde dans les rues et le fort était superbe. Plus tard dans le journée, le nombre de visiteurs s’est multiplié et l’ambiance a commencé à changer. J’ai remarqué un groupe de jeunes hommes qui me regardaient et rigolaient sans cesse. Ils nous suivaient et m’appelaient Lolita à chaque fois qu’ils nous croisaient. Au bout de la troisième fois j’étais tellement en colère que j’en ai poussé un et je lui ai demandé de ne plus m’appeler comme ça. Un garde a vu notre altercation, l’a attrapé par le col et lui a ordonné d’être plus respectueux. Je me suis dit que c’était un incident isolé et je me suis efforcé de ne pas trop y penser mais en descendant vers le centre-ville je me suis rendue compte que tous les hommes que nous croisions me fixaient du regard comme s’ils voyaient un autre être humain pour la première fois.

Fort de Gwailor. 2015

La rue qui descendait du fort était blindée de monde. Pire que lors de la braderie de Lille ! Nous ne pouvions pas marcher l’un à côté de l’autre et bien souvent il y avait une ou deux personnes entre nous. Je me sentais de moins en moins à l’aise. Les gens nous dévisageaient et pour la première fois, j’ai eu peur. Nous étions les seuls touristes parmi des milliers d’Indiens et j’ai eu le sentiment très désagréable que si l’un d’eux décidait de nous attaquer, personne ne nous aiderait.

Nous avons trouvé un hôtel et sommes restés enfermés le reste de la journée, ne sortant que pour aller dans le restaurant juste à côté. J’adore la nourriture indienne mais les repas en Inde sont tellement épicés que je ne pouvais pas manger grand-chose. Je suis tombée malade deux jours après notre arrivée et les choses n’ont fait qu’empirer à Gwailor. J’ai passé la nuit entière entre le lit et la salle de bain.

Le jour suivant nous sommes allés à la gare et une fois de plus, nous étions dévisagés. Plusieurs hommes ont demandé à Lukas si j’étais sa femme et s’ils pouvaient prendre des photos de moi. J’essayais désespérément de me cacher derrière mon sac à dos. Cette ville est le pire endroit dans lequel je suis allée.

Rivière à Gwailor. 2015

Khajuraho

Nous sommes arrivés tard le soir et après les évènements de la veille, j’étais un peu nerveuse. Un chauffeur de pousse-pousse nous a conduit à un hôtel qui appartenait à un ami. Il nous a ensuite accompagné au restaurant et nous a parlé des temples et d’autres choses. Nous n’avions passé qu’une heure à Khajuraho et nous nous sentions déjà mille fois mieux.

Après une bonne nuit de sommeil nous sommes allés visiter les temples érotiques. Les sculptures sont magnifiques et le parc très bien entretenu. Nous sommes ensuite allés nous balader en ville. Nous avons passé un très bon moment à Khajuraho ; les gens étaient sympas, la nourriture bonne et les temples splendides.

Khajuraho. 2015

Varanasi

Nous étions impatients de visiter Varanasi…jusqu’à ce qu’un homme me crache dessus, 10 minutes seulement après que nous soyons descendus du train. Nous avons demandé à plusieurs chauffeurs de nous emmener au bord du Gange mais aucun d’entre eux ne comprenaient – où ne voulaient comprendre. Nous n’avions pas d’autre choix que celui de marcher au milieu d’un trafic on ne peut plus chaotique. Le bruit des klaxons et des moteurs étaient tellement fort que je me suis dit que mes tympans allaient exploser. Nous avons mis une bonne heure à rejoindre le Gange puisque nous n’avions pas de vraie carte, et une fois sur place nous avons trouvé un hôtel avec vue sur le fleuve. Les réceptionnistes et serveurs ne parlaient qu’à Lukas et faisaient semblant de ne pas me voir, ce qui, au point où nous en étions arrivés, ne me dérangeait pas du tout. Après avoir déposé nos affaires dans la chambre, nous sommes sortis nous promener et je n’ai pas attendu longtemps avant de me faire insulter par un jeune homme. Je commençais sérieusement à détester l’Inde et je n’avais qu’une envie, rentrer chez moi le plus vite possible.

Hommes et vaches à Varanasi. 2015

Nous sommes allés voir le site de crémation. Comme il s’agit d’un site religieux, et par respect pour les familles en deuil, il est interdit de prendre des photos, mais Lukas était fasciné par l’endroit et il est allé se cacher pour en prendre quelques-unes. Il a bien sûr été pris la main dans le sac par un homme assez agressif qui lui a ordonné de donner tout notre argent à l’hospice où les gens attendent la mort pour pouvoir être incinérés. S’il refusait, direction la prison. Nous ne savions pas s’il était sérieux ou pas et nous n’avions pas envie de le découvrir. Lukas a donc payé. Heureusement, il ne nous restait plus beaucoup de liquide à ce moment-là. L’expérience nous a laissé tout tremblant, j’étais furax contre Lukas, et lui a bien retenu la leçon. Nous sommes vite partis et nous sommes mis à la recherche d’un distributeur. Le garde qui se trouvait en face du premier a refusé que nous retirions de l’argent, de même que le deuxième. Ils ne nous ont pas dit pourquoi, ils ont juste secoué la tête en nous voyant arriver.

Méditation à Varanasi. 2015

Le temps passé à Varanasi nous a paru interminable. Nous ne voulions plus vraiment nous balader de peur de nous faire arnaquer. Nous avons fait un tour en barque sur le Gange, que nous avions payé en avance, pour une heure. Chaque 10 minutes, le gars nous demandait s’il pouvait nous déposer sur la berge et il a encore eu le culot de nous demander un pourboire. Plusieurs personnes sont venus discuter avec nous de choses et d’autres. Les discussions étaient plaisantes mais se terminaient toujours de la même façon… pouvez-vous me donner de l’argent pour telle ou telle raison ?

Varanasi. 2015

Delhi

Dernier jour en Inde. Hourrah ! Nous sommes arrivés à la gare tôt le matin et avions la journée complète pour nous balader avant de prendre l’avion. Je me suis immédiatement sentie mal à l’aise. Les hommes se rapprochaient trop près et regardaient avec trop d’insistance. J’avais l’habitude d’être dévisagée quand je suis allée en Chine, mais en Chine j’avais l’impression d’être une curiosité alors qu’en Inde j’avais l’impression de ne pas être la bienvenue.

Quelques heures plus tard j’ai insisté pour aller à l’aéroport. Les entrées étaient gardées et nous ne pouvions rentrer que 3 heures avant le décollage. Nous avons donc été parqués dans une petite salle. Et dans cette salle, où les gens attendent plus de 3 heures, personne n’a trouvé nécessaire de mettre des toilettes. Non. Les toilettes sont à l’extérieur et il ne faut pas oublier de prendre son passeport et billet avec soi sinon les gardes ne vous laisseront pas rentrer…

Heureusement,  tout est bien qui finit bien puisqu’après deux semaines nous pouvions enfin rentrer à la maison.

New Delhi. 2015